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« À trop juger » 2026 : ce que le jury HEC et emlyon a reproché aux copies
- Le sujet de la dissertation de culture générale conçue par emlyon bs et HEC Paris (épreuve 254) était « À trop juger. », le vendredi 24 avril 2026, de 8 h à 12 h. Le rapport du jury porte sur 7 253 copies, avec une moyenne de 10,07 et un écart-type de 3,50.
- Le jury reproche plusieurs choses aux copies les plus faibles : des plans en catalogue, des paragraphes sans exemple ou avec un exemple décoratif, des citations sans contexte, une problématique fermée qui vient de nulle part, des affirmations péremptoires, des titres et des noms propres mal écrits.
- Très peu de copies définissent l'acte de juger : à partir de 14, ce sont celles qui le font. À partir de 17, elles interrogent les raisons théoriques de la démesure du jugement.
- Le rapport ne dit rien du thème 2027, « L'humanité ». Ce que l'on peut en tirer pour les épreuves de culture générale des 21 et 23 avril 2027 est une lecture personnelle, signalée comme telle plus bas.
- Rapport lu le 3 novembre 2026 sur concours-bce.com. Les rapports 2026 des épreuves 252 (EDHEC et ESSEC) et 255 (Excelia) ne sont pas encore publiés.
Le rapport de la session 2026 est publié sur le site de la BCE, dans le dossier de septembre 2026. Voici ce que le jury de HEC et d'emlyon y dit, lu en entier, et ce que l'on peut en faire dès maintenant.
Quel était le sujet de culture générale de HEC et emlyon en 2026 ?
Le sujet était « À trop juger. », trois mots suivis d'un point final, dans le thème de l'année, « Juger ». L'épreuve 254 a eu lieu le vendredi 24 avril 2026, de 8 h à 12 h, selon le calendrier officiel des écrits BCE 2026.
Le rapport donne 7 253 copies corrigées, une moyenne de 10,07 et des notes de 0 à 20. Les statistiques officielles de l'épreuve détaillent la moyenne selon l'école utilisatrice : 10,96 pour les 4 346 copies comptées pour HEC Paris, 10,42 pour les 6 370 d'emlyon, 10,77 pour les 5 176 de l'ESCP. Additionnés, ces effectifs dépassent largement 7 253 : à notre lecture, une même copie compte pour plusieurs écoles.
Comment le jury a-t-il lu un sujet de trois mots ?
Le jury lit le sujet comme un paradoxe : comment peut-il y avoir un « trop » de jugement, alors que juger est l'activité fondamentale de l'esprit ? C'est la question que le rapport pose lui-même en introduction.
Deux précisions du rapport guident cette lecture. D'abord, juger n'est pas seulement condamner : c'est aussi discerner, apprécier, évaluer, décider, relier, penser. Tous les champs du jugement sont donc convoqués : logique, moral, judiciaire, politique, esthétique. Ensuite, le « trop » ne se comprend pas seulement comme une quantité. Le sujet ne portait pas sur les jugements excessifs ni sur le fait de juger trop vite, mais sur la possibilité même d'un excès dans l'acte de juger. Le « à » du début invite à penser les conséquences que la formule laisse non dites, et le point final est à interpréter.
Quels reproches le jury fait-il aux copies les plus faibles ?
Le jury reproche aux copies les plus faibles d'avoir sauté l'étonnement du début pour traiter le sujet de façon descriptive. Il dresse une liste que l'on peut reprendre telle quelle comme grille de relecture :
- des plans catalogues qui, au mieux, jouent du « d'abord, ensuite, enfin » et, au pire, oublient les connecteurs logiques, en enchaînant des arguments ou des titres d'œuvres résumées sans lien avec le sujet ;
- des paragraphes sans aucun exemple, alors que l'exercice demande une culture convoquée par le titre de l'œuvre et le nom de l'auteur ;
- des citations sans mise en contexte, à la place d'exemples analysés ;
- des allusions vagues à des œuvres que l'on devine non fréquentées, et des exemples qui arrivent trop tard dans le paragraphe, donc décoratifs ;
- une introduction qui s'ouvre sur une référence mise là seulement pour la forme, puis la laisse tomber pour analyser le sujet mot après mot, comme au brouillon ;
- une problématique fermée (comment ? pourquoi ? en quoi ?) qui vient de nulle part parce qu'aucun paradoxe ne l'a amenée ;
- des affirmations péremptoires, alors que disserter consiste à avancer des hypothèses que l'on soumet à l'examen.
Le rapport ajoute des erreurs sur les titres d'œuvres et les noms propres, que nous ne recopions pas. Les copies les plus faibles échouent sur tout ou partie de quatre écueils : l'expression, la logique, le traitement du sujet et la maîtrise des références. La note peut en plus être réduite par des pénalités : jusqu'à trois points pour la langue et la lisibilité, un point pour les I, II, III. Une phrase du rapport soupçonne aussi des références de seconde main passées par des assistants d'IA : nous la lisons dans un article à part.
Qu'est-ce qui sépare une copie à 10, à 14 et à 17 ?
Ce qui sépare ces copies, c'est la question que chacune se pose sur l'acte de juger : à 10, comprendre l'excès dans l'acte ; à 14, définir l'acte ; à 17, interroger les raisons théoriques de la démesure. Le rapport décrit trois paliers, que nous résumons sans les recopier. La grille donnée en fin de rapport découpe un peu autrement : 12-13, 14-15, 16-17, au-dessus de 17. Très peu de copies, note le jury, se sont attachées à définir l'acte de juger.
Entre 10 et 13, la copie comprend le « trop juger » comme un excès à l'intérieur même de l'acte de juger, y compris là où juger est la règle d'une discipline, comme le droit. Juger à l'excès, pour un juge, c'est promouvoir la règle contre le cas qu'il a devant lui.
Entre 14 et 16, la copie ne se contente plus d'illustrer : elle définit l'acte de juger. Deux voies apparaissent dans le rapport. La première définit juger comme rapporter un cas particulier à une règle générale, et voit dans le « trop » l'oubli de la singularité du cas. Elle s'appuie sur le jugement judiciaire, sur l'équité chez Aristote ou sur Le Procès de Kafka. La seconde insiste sur l'acte qui tranche et rompt une délibération, avec Machiavel, ou avec la différence que Kant fait entre jugement déterminant et jugement réfléchissant.
Entre 17 et 20, la copie interroge les raisons théoriques de la démesure du jugement. Le rapport en décrit deux sortes. L'une est métaphysique : un entendement fini ne connaît l'universel qu'en idée, donc il juge toujours « trop », comme dans la condition de l'homme chez Pascal. L'autre tient à nos facultés : chez Descartes (quatrième Méditation), la volonté peut affirmer le contraire de ce que l'entendement présente seulement comme une connaissance, et le doute consiste à juger que l'on ne peut pas juger. Le rapport conclut que ne pas trop juger n'est pas renoncer à juger, mais donner sa règle à la singularité sans perdre le sens de l'universel.
Que dit le rapport sur les références ?
Le rapport dit qu'il n'y a pas de hiérarchie entre références philosophiques et littéraires, que leur nombre n'est pas un critère, et qu'une copie peut se centrer sur un seul exemple, à condition de l'analyser. Ce qu'il bannit, c'est la simple citation de références multiples qui ne sont pas rapportées à la question du sujet.
C'est aussi la ligne du rapport de 2025, qui critique les références réduites à de simples allusions mais défend l'apprentissage d'un passage au mot près ; dans les deux cas, une référence se travaille. À l'oral de HEC, elle est le moteur d'une argumentation et non un ornement, comme le détaille le rapport de culture et sciences humaines.
Que cela annonce-t-il pour « L'humanité » en 2027 ?
Le rapport ne parle pas de 2027 : ce qui suit est notre lecture, pas celle du jury. Le thème 2026-2027 est « L'humanité », d'après l'arrêté du 22 avril 2026, publié au Bulletin officiel du 21 mai 2026. La BCE annonce les informations de son concours 2027 pour la mi-novembre 2026. Les écrits de culture générale tombent le mercredi 21 avril 2027 (épreuve 252) et le vendredi 23 avril 2027 (épreuve 254), comme le détaille le calendrier des écrits BCE 2027.
À notre sens, trois leçons du rapport 2026 se transposent.
Lis les petits mots du sujet. Le rapport note que les copies ont tendance à demander comment bien juger, le « trop » étant parfois passé sous silence ; le « à » du début, que le jury lit comme une invitation à penser les conséquences non dites, est un mot à ne pas sauter. Avec « L'humanité », le mot est tout aussi ouvert : il peut désigner l'ensemble des humains, une qualité (agir avec humanité), ou ce qui définit l'homme. Une copie qui ne choisit pas, et ne dit pas pourquoi, risque de faire du catalogue.
Définis l'acte avant de bâtir un plan. Les rares copies qui ont défini juger sont à 14 et plus. Pour un sujet sur l'humanité, il faudra de même dire ce que l'on met sous le mot : qui est inclus, à quel titre, à partir de quand cesse-t-on d'en faire partie. C'est le travail de fond des fiches comme celles sur Primo Levi ou sur le transhumanisme.
Travaille peu de références, mais à fond. Le rapport 2026 reconnaît que l'on a vu d'excellentes copies centrées sur un seul exemple, analysé à fond. Sa grille décrit pourtant, à partir de 16, des copies qui savent faire dialoguer leurs références. À notre sens, mieux vaut peu de références, mais toutes travaillées : une par partie, relue, avec le passage précis qui éclaire ton argument.
Quels rapports 2026 ne sont pas encore publiés ?
Au 3 novembre 2026, les rapports 2026 des épreuves 252 (EDHEC BS et ESSEC BS) et 255 (Excelia BS) ne sont pas publiés : seules leurs statistiques le sont. Le libellé du 252 donné par les sites de prépa (Mister Prépa, Major Prépa, Prépa ECG), « Juger en toute liberté », n'est pas vérifié à une source officielle : nous ne le tenons pas pour acquis. Le rapport de l'épreuve Audencia pour la voie technologique, « Le poids du jugement », est publié : nous le lisons dans un article dédié. Le rapport de l'oral de culture et sciences humaines de HEC pour 2026 n'est pas en ligne : la dernière année disponible sur hec.edu est 2025.
Quelle suite à cette série sur les rapports 2026 ?
Sur la même série, nous avons aussi lu ce que le rapport dit de la révision avec une IA. Le dossier « Culture générale 2026 : sujets, rapports de jury et thème 2027 » paraît le 20 novembre 2026 : il réunit tous les sujets et tous les rapports. Dans Connect the dots, tu peux en attendant t'entraîner à l'oral de culture générale face à un jury simulé qui te relance au lieu de te flatter.
FAQ
Quel était le sujet de culture générale HEC et emlyon en 2026 ?
« À trop juger. », dans le thème « Juger ». L'épreuve 254 a eu lieu le vendredi 24 avril 2026, de 8 h à 12 h, et le sujet est donné dans le rapport officiel du jury, lu le 3 novembre 2026.
Quelle a été la moyenne de la culture générale HEC et emlyon en 2026 ?
10,07 sur 20, avec un écart-type de 3,50, pour 7 253 copies corrigées. Selon l'école utilisatrice, la moyenne est de 10,96 pour HEC Paris et de 10,42 pour emlyon, d'après les statistiques officielles de l'épreuve.
Faut-il toujours un plan en trois parties ?
Le rapport 2026 de l'épreuve 254 ne parle pas du nombre de parties : il condamne le plan en catalogue et demande une pensée qui progresse. Le rapport de l'oral de culture et sciences humaines de HEC de 2025 préfère, pour un exposé de dix minutes, deux parties équilibrées à une troisième brève et répétitive. Attention : le rapport 2026 précise que l'indication des étapes par I, II, III, 1, 2, 3 ou a, b, c peut coûter un point.
Peut-on ne citer qu'une œuvre dans une dissertation de culture générale ?
Oui, selon le rapport 2026 : le nombre de références n'est pas un critère, et une copie centrée sur un seul exemple, analysé à fond, peut être excellente. Mais sa grille décrit, à partir de 16, des copies qui font dialoguer les références. Ce qui est banni, c'est la simple citation de multiples références sans lien avec la question.
Où lire le rapport officiel du jury ?
Sur la page des annales de concours-bce.com, dans le dossier de l'année 2026 : le rapport de l'épreuve 254 figure dans le dossier de septembre 2026.
Marine Adatto · fondatrice de Connect the dots20 ans à rendre dirigeants et marques mémorables (TF1, La Légende). À propos →