Photo : Dominic Kurniawan Suryaputra sur Unsplash
Transhumanisme et humanité : 2 exemples datés pour convaincre ton colleur
- Le transhumanisme est le courant de pensée qui veut améliorer l'être humain par la technique, jusqu'à dépasser ses limites biologiques. Le mot a été popularisé par le biologiste Julian Huxley en 1957.
- Pour le thème de culture générale 2027, « L'humanité », il pose la question la plus contemporaine du programme : si l'on peut modifier l'homme, que reste-t-il de l'humanité ?
- Deux exemples datés et vérifiables font la différence en khôlle : les implants cérébraux de Neuralink (premier patient implanté fin janvier 2024, 21 participants annoncés en janvier 2026) et le règlement européen sur l'IA (en vigueur depuis le 1er août 2024).
- Le piège : réduire le sujet à un débat pour ou contre la technologie. Le colleur attend une définition de l'humanité, pas un avis sur Elon Musk.
Le thème de culture générale des concours BCE et Ecricome pour 2026-2027 est « L'humanité ». Et le transhumanisme est sans doute la notion que le jury s'attend le plus à voir arriver, parce qu'elle fait le pont entre la philosophie et l'actualité. C'est à la fois une chance et un risque : tout le monde va en parler, donc personne ne se distinguera en se contentant de la nommer.
Cette fiche te donne de quoi aller plus loin : l'origine exacte du mot, les auteurs à connaître, deux exemples datés et sourcés, et les relances qui t'attendent.
Qu'est-ce que le transhumanisme, en une phrase ?
Le transhumanisme est un mouvement intellectuel qui défend l'usage des sciences et des techniques pour améliorer les capacités physiques et mentales de l'être humain, au point de dépasser la condition humaine actuelle.
Le mot a une histoire précise, et la connaître te fait gagner des points auprès du colleur. C'est le biologiste britannique Julian Huxley qui l'a popularisé en 1957, dans un essai du recueil New Bottles for New Wine. Il y écrit que l'espèce humaine peut, si elle le veut, se transcender elle-même (« The human species can, if it wishes, transcend itself »). Pour Huxley, le transhumain reste un homme : il ne s'agit pas de sortir de l'humanité, mais d'en déployer de nouveaux possibles.
Le courant contemporain s'organise plus tard. En 1990, le philosophe Max More formule les principes de l'extropie et définit le transhumanisme comme une famille de philosophies qui veulent nous conduire vers une condition posthumaine. En 1998, Nick Bostrom et David Pearce fondent la World Transhumanist Association, rebaptisée Humanity+ en 2008.
Note le glissement, il est au cœur de ta khôlle : chez Huxley, l'homme se dépasse en restant homme ; chez les transhumanistes d'aujourd'hui, l'horizon est le posthumain.
Quelle idée tirer du transhumanisme pour le thème « L'humanité » ?
L'idée centrale à tirer du transhumanisme est que l'humanité cesse d'être une donnée de nature pour devenir un projet technique, et donc un choix.
Pendant des siècles, la question « qu'est-ce que l'homme ? » appelait une réponse descriptive. Le transhumanisme la transforme en question normative : qu'est-ce que l'homme devrait devenir, et qui en décide ? C'est là que le sujet devient passionnant pour une dissertation, parce qu'il oblige à dire ce que l'on veut protéger quand on parle d'humanité.
Deux positions s'affrontent, et tu dois pouvoir les présenter avec justesse :
- Nick Bostrom, dans « In Defence of Posthuman Dignity » (revue Bioethics, 2005), soutient que des êtres posthumains pourraient avoir une dignité, et que refuser l'amélioration au nom de la dignité humaine repose sur un double standard.
- Francis Fukuyama, dans Our Posthuman Future (2002), s'y oppose. Il a qualifié le transhumanisme d'« idée la plus dangereuse du monde », parce qu'il menace l'égalité entre les hommes, qui repose sur une nature humaine commune.
Tu tiens ta tension. Si l'humanité est une nature, la modifier, c'est la perdre. Si l'humanité est une capacité à se dépasser, la modifier, c'est peut-être l'accomplir. Pour le second versant, la référence de la Renaissance qui pose déjà cette idée est Pic de la Mirandole et l'homme sans nature fixe.
Quels exemples datés citer sur le transhumanisme en khôlle ?
Deux exemples datés, sourcés et récents suffisent à ancrer ta réflexion dans le réel, et c'est ce qui distingue une copie vivante d'une copie de manuel.
Neuralink : l'interface cerveau-machine sort du laboratoire
La société Neuralink, fondée par Elon Musk, développe un implant cérébral qui permet de commander un ordinateur par la pensée. Les dates à retenir :
- mai 2023 : l'autorité sanitaire américaine (FDA) autorise les essais sur l'homme, après un premier refus en 2022 ;
- 29 janvier 2024 : Elon Musk annonce que le premier patient a été implanté la veille ;
- 20 mars 2024 : ce premier patient, Noland Arbaugh, est présenté publiquement ;
- janvier 2026 : Neuralink annonce 21 participants inscrits à ses essais dans le monde.
Ce qu'il te donne : la première justification de l'implant est thérapeutique, réparer un corps paralysé. Le transhumanisme commence souvent là, dans le soin. Toute la question est de savoir où passe la frontière entre réparer et augmenter.
L'AI Act : l'Europe fixe des limites à la machine
Le règlement européen sur l'intelligence artificielle est entré en vigueur le 1er août 2024. Depuis le 2 février 2025, il interdit certaines pratiques, parmi lesquelles la manipulation préjudiciable fondée sur l'IA, la notation sociale, ou la reconnaissance des émotions sur le lieu de travail et dans les établissements d'enseignement. L'essentiel du texte est applicable depuis le 2 août 2026.
Ce qu'il te donne : une société qui décide de ce qu'une machine n'a pas le droit de faire à un être humain dit, en creux, ce qu'elle considère comme humain. Interdire la reconnaissance des émotions à l'école, c'est protéger une intériorité. Voilà un exemple qui transforme une question de droit en question d'humanité.
Pour creuser l'angle IA, la fiche sur la recherche d'HEC en intelligence artificielle te donne d'autres appuis, et pour faire vivre l'actualité sans la réciter, lis comment t'appuyer sur l'actualité pour réviser tes oraux.
Sur quels sujets de dissertation et de khôlle utiliser le transhumanisme ?
Le transhumanisme est une référence pertinente sur tous les sujets du thème « L'humanité » qui interrogent les limites, la nature ou l'avenir de l'humanité.
- « L'humanité a-t-elle des limites ? » Le sujet roi. Huxley et Bostrom d'un côté, Fukuyama de l'autre.
- « Peut-on perdre son humanité ? » Ici le transhumanisme renverse la question : peut-on la perdre en voulant l'augmenter ?
- « L'humanité est-elle une ou multiple ? » Fukuyama craint justement une humanité scindée entre augmentés et non augmentés. C'est l'argument de l'égalité.
- « L'humanité se mérite-t-elle ? » Si l'on peut acheter des capacités supérieures, l'humanité devient-elle un privilège ?
- « Le progrès », « La technique », « La nature humaine » : autant de sujets voisins où la notion s'impose.
Le réflexe de faire tourner un sujet sous plusieurs angles est le même pour une notion que pour une œuvre : on l'explique dans comment avoir des idées en khôlle de culture générale.
Quel est le piège avec le transhumanisme en culture générale ?
Le piège est de traiter le transhumanisme comme un débat d'opinion sur la technologie, au lieu d'en faire un révélateur de ce que l'on entend par humanité.
Le candidat qui commence par « le transhumanisme présente des avantages et des inconvénients » a perdu le colleur en dix secondes. Celui qui cite Elon Musk comme un philosophe aussi. Et celui qui convoque Frankenstein ou Le Meilleur des mondes (écrit par Aldous Huxley, le frère de Julian) sans rien en faire tombe dans la référence décorative. Si tu veux faire travailler Frankenstein, sous-titré « le Prométhée moderne », pars de ses scènes, détaillées dans l'article sur Frankenstein et l'humanité, ou du mythe lui-même : la fiche sur le mythe de Prométhée et l'humanité te donne les textes à citer.
L'autre piège est la confusion : le transhumanisme n'est pas l'intelligence artificielle. L'IA est une technique ; le transhumanisme est un projet sur l'homme. Les deux se croisent (l'interface cerveau-machine, justement), mais les confondre, c'est montrer que tu as lu des titres de presse plutôt que des idées. Pour placer une référence sans la plaquer, relis comment briller en culture générale à l'oral sans réciter.
Comment le colleur va-t-il te relancer sur le transhumanisme ?
Le colleur te relancera sur la frontière entre réparer et augmenter, parce que c'est l'endroit où ta définition de l'humanité est mise à l'épreuve.
Voici les relances à anticiper. On ne te donne pas les réponses : c'est en les cherchant toi-même que tu deviendras solide.
- « Des lunettes, un pacemaker, un vaccin : sommes-nous déjà transhumains ? »
- « Noland Arbaugh est-il moins humain depuis son implant, ou plus libre ? »
- « Si la nature humaine n'existe pas, au nom de quoi Fukuyama s'inquiète-t-il ? » (Sur l'idée qu'il n'y a pas de nature humaine, relis L'existentialisme est un humanisme de Sartre.)
- « Une humanité qui se fixe des limites par la loi, comme l'AI Act, est-elle moins libre ou plus humaine ? »
- « Le posthumain serait-il encore concerné par le thème de l'humanité ? »
Une relance comme celle-là, si tu ne l'as jamais entendue à voix haute, te fige. Pour apprendre à garder le fil quand on te pousse, lis comment s'entraîner à être déstabilisé à l'oral.
La phrase-réponse à garder pour l'oral
Si tu dois tenir le transhumanisme en une phrase : le transhumanisme fait de l'humanité un projet technique au lieu d'une donnée de nature, et oblige donc à dire ce que l'on veut protéger en l'homme avant de décider ce que l'on veut augmenter.
Une phrase, pas une copie : à toi de la connecter au sujet. Et pour l'éclairer par le contraste le plus fort du thème, lis la fiche voisine sur Si c'est un homme de Primo Levi : là où le transhumanisme rêve d'augmenter l'homme, Levi montre avec quelle facilité d'autres hommes peuvent le diminuer. Et Rhinocéros d'Ionesco montre une autre sortie de l'humanité, vécue cette fois comme un progrès par ceux qui la choisissent.
FAQ
Qui a inventé le mot transhumanisme ?
Le mot a été popularisé par le biologiste britannique Julian Huxley en 1957, dans un essai du recueil New Bottles for New Wine. Pour lui, l'homme se transcende en restant homme. Le mouvement transhumaniste organisé naît plus tard, avec Max More à la fin des années 1980, puis la World Transhumanist Association fondée en 1998 par Nick Bostrom et David Pearce.
Quelle est la différence entre transhumanisme et posthumanisme ?
Le transhumanisme désigne le projet d'améliorer l'être humain par la technique. Le posthumain désigne l'horizon de ce projet : un être dont les capacités dépasseraient tellement les nôtres qu'il ne serait plus humain au sens actuel. Le transhumanisme est le chemin, le posthumain la destination supposée.
Le transhumanisme est-il au programme de culture générale 2027 ?
Le thème 2026-2027 (BCE et Ecricome) est « L'humanité », sans liste de notions imposée. Le transhumanisme n'est pas une notion obligatoire, mais c'est l'une des plus attendues, parce qu'elle relie la question de la nature humaine à l'actualité scientifique.
Quels auteurs citer contre le transhumanisme ?
Francis Fukuyama est la référence la plus nette : dans Our Posthuman Future (2002), il défend une nature humaine commune comme fondement de l'égalité. Il a qualifié le transhumanisme d'« idée la plus dangereuse du monde ».
Peut-on parler de transhumanisme à l'oral académique de l'EDHEC ?
Pour le nouvel oral académique de l'EDHEC à partir du concours 2027, le candidat qui choisit la culture générale choisit lui-même son sujet dans le cadre du programme, selon le communiqué de l'EDHEC du 23 septembre 2025. Une notion du thème de l'année que tu maîtrises peut donc être un point de départ, à condition de tenir l'échange qui suit.
Tout le monde va citer Neuralink cette année. Ceux qui marqueront des points auprès du colleur sont ceux qui sauront répondre à la troisième relance, celle que l'on n'a pas préparée. Connect the dots est ton sparring-partner de khôlle : l'IA te tend un sujet sur l'humanité, te confronte comme un vrai colleur au lieu de te flatter, et te relance là où ton raisonnement est fragile. Pendant que les autres relisent leurs fiches, toi tu t'entraînes à penser sous pression. C'est cette avance-là qui ne se rattrape pas en mai.
Avec la méthode Connect the dots, tu comprends d'abord qui tu es, tu construis ton récit et tu t'entraînes au format réel de ton jury, école par école. De bout en bout, à ton rythme.
Marine Adatto · fondatrice de Connect the dots20 ans à rendre dirigeants et marques mémorables (TF1, La Légende). À propos →