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Meilleure école de commerce en finance : comment défendre ton choix ?
- Chercher la meilleure école de commerce en finance sur un tableau comparatif ne t'avance pas à l'oral : le jury ne te demandera jamais le rang de son école, il te demandera pourquoi tu es là.
- Les écoles ne recrutent pas des financiers, elles recrutent des candidats. Aucune grille d'oral du top 5 ne comporte de ligne « niveau en finance ».
- Ce qui se compare utilement, c'est la manière dont chaque école pense la finance : la finance orientée objectif portée par l'EDHEC-Risk Institute, la finance comportementale travaillée dans la chaire Value Investing de HEC.
- L'ESSEC est la seule à publier ses compétences évaluées : « capacité entrepreneuriale », « capacité d'organisation », « sens des valeurs et intégrité ». Rien qui ressemble à un test technique.
- La bonne question n'est pas « quelle école est la meilleure en finance ? », c'est « qu'est-ce que je vais chercher là-bas que je ne trouverais pas ailleurs ? ». C'est celle-là que le jury teste.
Une meilleure école de commerce en finance, ça existe ?
Non, pas au sens où tu l'entends. Un classement finance compare des dispositifs, des majeures, des réseaux d'anciens et des partenariats d'entreprise : il décrit ce que tu trouveras une fois admis, jamais ce qui te fera admettre.
C'est une confusion qui coûte cher, et elle est très répandue chez les candidats qui visent la finance. Tu passes des soirées à empiler des lignes de tableau, puis tu arrives devant un jury qui applique une grille dont aucun tableau n'a jamais parlé. Le classement est un outil de projet. L'oral est un outil de sélection. Ce ne sont pas les mêmes objets, et l'un ne prépare pas à l'autre.
Il y a un deuxième problème, plus vicieux. Ces palmarès changent d'une année à l'autre et d'un média à l'autre, parce que les critères de pondération changent. Fonder ton « pourquoi cette école » sur un rang, c'est emprunter l'argument de quelqu'un d'autre. Le jury l'entend tout de suite, parce qu'il l'a déjà entendu quatorze fois dans la journée. Le mécanisme complet est démonté dans pourquoi cette école ?, et l'approche par critères plutôt que par palmarès dans choisir son école de commerce.
Donc oui, il existe des écoles où la finance est plus installée que dans d'autres. Mais « meilleure » ne veut rien dire tant que tu n'as pas dit meilleure pour quoi, et pour qui.
Les écoles évaluent-elles ton niveau en finance à l'oral ?
Non. Aucune grille d'évaluation publiée par les écoles du top 5 ne comporte de critère technique en finance. Les oraux de personnalité testent des qualités humaines et intellectuelles, pas des compétences de spécialité que tu n'as pas encore acquises.
C'est logique quand on y pense deux secondes : tu sors de prépa, tu n'as pas fait de corporate finance, et l'école le sait. Elle recrute quelqu'un qu'elle va former pendant trois ans. Ce qu'elle veut savoir, c'est si tu vas tenir, si tu sais penser, et si tu sais te rendre lisible.
Regarde ce que l'ESSEC publie officiellement, puisque c'est la seule école du top 5 à avoir mis sa grille sur la table. Neuf compétences évaluées : communication, ouverture et curiosité, leadership et engagement, connaissance de soi et motivation en partie libre ; sens des valeurs et intégrité, compétences collectives, capacité entrepreneuriale, capacité d'organisation, créativité en partie structurée. Pas une ligne sur la finance. Le détail est dans les critères d'évaluation du jury ESSEC.
Même logique à l'EDHEC, qui nomme trois valeurs d'évaluation dans sa Trilogie : l'impact, l'engagement et l'innovation, cette dernière définie comme « l'envie et la capacité de réinventer les approches, proposer du neuf face à un problème ». L'école observe ces valeurs dans un dispositif en trois phases, dont une phase collective où l'évaluation reste strictement individuelle. Le déroulé est décrit dans l'oral EDHEC et sa Trilogie.
Et chez HEC, les qualités notées au Triptyque se rangent en trois familles : intellectuelles, personnelles et relationnelles. La créativité, l'authenticité, l'écoute. Rien qui ressemble de près ou de loin à un test de finance.
Conséquence pratique : dire « je veux faire de la finance » ne te donne aucun point. Ce qui t'en donne, c'est ce que l'on comprend de toi à travers ce projet.
Qu'est-ce qui distingue ces écoles sur la finance ?
Ce qui les distingue, ce n'est pas un rang, c'est une façon de poser les questions financières. Chaque école abrite des chaires et des instituts de recherche qui définissent son regard sur la discipline, et c'est là que se trouve la matière dont tu as besoin.
Prends l'EDHEC. L'EDHEC-Risk Institute et les travaux de Lionel Martellini portent l'investissement orienté objectif, le fameux goal-based investing : on ne cherche plus à battre un indice, on part du besoin réel de la personne, la retraite, l'achat d'un logement, et on construit le portefeuille à rebours de cet objectif. C'est une réponse directe et non complaisante à la question « à quoi sert la finance ? », que l'on développe dans la finance orientée objectif selon Martellini.
Prends HEC. La chaire Value Investing et les travaux d'Augustin Landier tirent du côté de la finance comportementale : les marchés surréagissent, les acteurs sont traversés de biais, et l'idée d'un investisseur parfaitement rationnel ne résiste pas à l'observation. Là encore, ça donne une grille de lecture que très peu de candidats apportent. On la détaille dans Landier et les biais des marchés.
Tu vois la différence de nature avec un classement ? Ces deux angles ne se hiérarchisent pas. Ils ne répondent pas à la même question. L'un dit à quoi la finance sert, l'autre dit comment elle se trompe. Si tu es capable de dire lequel des deux t'attire et pourquoi, tu viens de fabriquer un argument que personne d'autre n'aura.
C'est exactement la démarche que l'on applique dans les autres comparaisons du blog, qu'il s'agisse de l'international et des doubles diplômes ou de l'entrepreneuriat : on ne compare pas des trophées, on compare des manières de penser.
Comment transformer ton projet finance en argument à l'oral ?
En arrêtant de nommer un métier et en commençant par nommer un problème. Un jury n'a aucun moyen de vérifier que tu feras du M&A dans cinq ans. Il a en revanche tous les moyens de sentir si le sujet t'occupe l'esprit ou si tu l'as choisi parce qu'il rassure.
La méthode tient en trois temps, et elle marche sur n'importe quelle école.
D'abord, le déclencheur. D'où vient cet intérêt ? Un stage, un job d'été où tu as vu passer une trésorerie qui ne tombait pas juste, un article, un cours d'ESH sur les crises bancaires, une discussion familiale sur un crédit. Peu importe que ce soit petit. Ce qui compte, c'est que ce soit à toi et que tu puisses le raconter avec des détails que personne n'inventerait.
Ensuite, la question que tu te poses. Pas le métier, la question. « Est-ce que le prix reflète l'information ? », « comment finance-t-on une transition qui ne rapporte rien à court terme ? », « pourquoi les mêmes erreurs reviennent-elles à chaque cycle ? ». Une question, ça se discute pendant dix minutes. Un métier, ça s'épuise en trente secondes.
Enfin, le lien avec l'école, et seulement à ce moment-là. C'est là que le nom d'une chaire, d'un institut ou d'un enseignant devient utile, parce qu'il arrive comme une conséquence de ta question et pas comme une preuve que tu as lu la brochure. « Je me demande à quoi sert un rendement s'il ne correspond à aucun besoin, donc l'EDHEC-Risk m'intéresse » : ça se tient. « L'EDHEC est bien classée en finance, donc je veux y aller » : ça ne se tient pas.
Si ton projet est encore flou, ce n'est pas rédhibitoire, à condition de le dire honnêtement plutôt que de réciter une trajectoire empruntée. C'est tout l'objet de projet professionnel flou à l'oral.
Faut-il éviter de dire que tu veux faire de la finance ?
Non, surtout pas. Cacher une motivation sincère par peur du cliché produit un discours plat, et le jury préfère cent fois une envie assumée à une envie maquillée. Ce qu'il faut éviter, ce n'est pas la finance, c'est la version prête-à-porter de la finance.
La version prête-à-porter, tu la connais : le goût des chiffres, l'exigence, l'international, la volonté de « travailler dans un environnement stimulant ». Ces phrases ne coûtent rien à dire, donc elles ne valent rien à entendre. Elles pourraient sortir de la bouche de n'importe lequel des candidats de la journée.
Il ne s'agit pas de nier ton envie, ni de la déguiser en vocation humanitaire. Il s'agit de la rendre singulière : nommer ce qui t'a accroché, assumer ce que tu ne sais pas encore, montrer que tu as réfléchi aux critiques que l'on adresse à ce secteur. Un candidat capable de dire ce qui le gêne dans la finance convainc infiniment plus qu'un candidat qui n'y voit que des avantages. C'est ce que l'on appelle connecter les points : ton parcours, ta question, l'école.
Et si tu as travaillé les angles de recherche évoqués plus haut, tu as même de quoi retourner un argument si le jury attaque. C'est le meilleur endroit où mettre ton énergie de préparation, bien avant les tableaux comparatifs.
FAQ
Une école moins bien classée peut-elle être meilleure pour moi en finance ?
Oui, et c'est même fréquent. Le bon critère est l'adéquation entre ce qui t'intéresse et ce que l'école travaille réellement, pas le rang moyen. Une école dont un institut correspond exactement à ta question te donnera plus qu'une école mieux classée sur laquelle tu n'as rien de précis à dire.
Faut-il citer une chaire ou un professeur à l'oral ?
Seulement si tu peux en dire quelque chose. Une citation de nom sans contenu se retourne contre toi à la première relance. Une idée que tu as comprise et que tu peux discuter vaut mieux que trois noms alignés.
Le jury peut-il me poser une question technique de finance ?
C'est peu probable dans un entretien de personnalité, mais tu peux être interrogé sur l'actualité économique et financière. On ne te demandera pas de calculer, on te demandera de comprendre et de prendre position.
Que répondre si le jury critique la finance devant moi ?
Tu écoutes vraiment la critique avant de répondre, tu en accordes la part juste, puis tu montres ce que tu en fais. Une déstabilisation de ce type teste ta capacité à penser sous tension, pas ta loyauté envers un secteur.
Peut-on changer d'avis après l'admission ?
Oui, et le jury le sait parfaitement. Il ne te fait pas signer un contrat, il vérifie que ta réflexion tient debout aujourd'hui. Un projet argumenté qui évoluera vaut mieux qu'un projet définitif que tu n'as jamais interrogé.
Avec la méthode Connect the dots, tu comprends d'abord qui tu es, tu construis ton récit et tu t'entraînes au format réel de ton jury, école par école. De bout en bout, à ton rythme.
Marine Adatto · fondatrice de Connect the dots20 ans à rendre dirigeants et marques mémorables (TF1, La Légende). À propos →