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Marketing personnel en prépa : le rétroplanning en 10 mois de ton récit
Il y a une phrase que l'on entend en salle d'attente, tous les ans, en juin : « de toute façon, la personnalité, ça ne se travaille pas ». C'est faux, et c'est surtout très pratique à croire quand on n'a rien préparé.
Le marketing personnel, ce n'est pas se vendre. Se vendre, c'est pousser un produit vers quelqu'un qui n'a rien demandé. Il s'agit de l'inverse : attirer à soi, en s'appuyant sur ce que tu as réellement vécu et sur la façon dont tu penses. Un jury ne t'achète pas, il te choisit. Et il choisit ce qu'il arrive à identifier.
Or identifier prend du temps. Pas du temps de révision, du temps de décantation. C'est pour ça que ce travail se répartit sur les 10 mois de ta deuxième année, à raison de quelques gestes par mois, et non sur les 3 semaines qui séparent les résultats d'admissibilité des oraux, où tu n'auras le temps que de dérouler la préparation des oraux des écoles en 4 temps.
- Le marketing personnel en prépa consiste à attirer à soi en s'appuyant sur son vécu et sa façon de penser, jamais à se vendre avec des adjectifs.
- Le rétroplanning tient en 4 phases : collecter de septembre à décembre, trier en janvier et février, formuler en mars et avril, éprouver en mai et juin.
- Le budget réel est de l'ordre de 20 minutes par semaine, soit environ 1 % de ton temps de travail annuel.
- La phase de collecte est la seule qui soit impossible à rattraper : elle produit la matière datée que les 3 autres exploitent.
- Un positionnement se prouve par des scènes précises, jamais par une liste de qualités.
Marketing personnel prépa : pourquoi 10 mois et pas 3 semaines ?
Le marketing personnel en prépa demande 10 mois parce que la matière première du récit se collecte au présent : une situation vécue en novembre n'est plus racontable en juin si elle n'a pas été notée sur le moment.
Fais l'expérience tout de suite. Essaie de te rappeler ce que tu as fait la deuxième semaine de décembre dernier, ce que ça t'a coûté, comment tu as réagi. Rien ne vient. Ta mémoire n'a rien gardé, non pas parce que rien ne s'est passé, mais parce que tu n'avais aucune raison de retenir.
C'est le vrai mécanisme de l'échec en entretien de personnalité. Ce n'est pas que les candidats manquent de vécu, c'est que leur vécu a été effacé au fil de l'année par le DS suivant. Il ne reste alors que les souvenirs anciens et lissés : le bac, le voyage humanitaire, le poste au BDE du lycée. Des souvenirs partagés par la moitié de la salle. C'est exactement là que se joue la différence entre un candidat propre et un candidat rare.
L'autre raison est plus lente encore. Comprendre ce que tes réactions disent de toi n'est pas un exercice que l'on fait sur commande. Ça se dépose. En mars, tu relis une note de novembre et tu vois un motif que tu n'avais pas vu en l'écrivant. Cette relecture décalée est la seule chose qui produit un vrai positionnement, et elle exige du temps écoulé. C'est le fond de l'idée que bien se raconter commence par se comprendre.
Marketing personnel prépa : quels gestes de septembre à décembre ?
De septembre à décembre, la phase de collecte tient en 3 gestes hebdomadaires de 10 minutes : noter une situation datée, noter ta réaction, noter une idée qui t'a heurté.
La situation d'abord. Une seule par semaine, factuelle, courte, avec sa date. Choisis celle qui t'a fait quelque chose : l'agacement, la fierté discrète, la gêne. L'émotion est le meilleur détecteur de matière, parce que ce qui te touche te concerne.
Ta réaction ensuite. Une phrase honnête, sans te flatter. « J'ai préféré parler pour meubler plutôt que dire que je ne savais pas. » C'est inconfortable et c'est précisément ce qui vaudra de l'or en juin, parce que ça se raconte et que ça ne s'invente pas.
Une idée enfin. Un article, un cours, une remarque de prof qui t'a fait réagir, notée avec ta réaction et non avec un résumé. Ces notes construisent ta grille de lecture, celle qui te servira aussi bien en entretien qu'en culture générale, et qui répond à la question redoutable de savoir si tes idées sont bien les tiennes.
Le support importe peu, à condition qu'il soit laid et unique. Le carnet magnifique meurt en octobre, le fichier texte survit jusqu'en juin. Le détail du dispositif est dans le journal de bord de prépa. Adosse-le à quelque chose que tu fais déjà : le débrief de tes khôlles est le meilleur créneau, puisque tu y passes déjà 5 minutes et que la khôlle produit de la matière en continu, comme le montre la méthode de débrief.
Marketing personnel prépa : comment trier en janvier et février ?
En janvier et février, le tri se fait par récurrence et non par intensité : tu relis tes 15 à 18 entrées d'un bloc et tu surlignes ce qui revient au moins 3 fois.
C'est le geste le plus contre-intuitif du rétroplanning. L'instinct pousse à garder l'épisode spectaculaire, l'exploit, le moment de bravoure. Le jury, lui, ne teste pas ton palmarès, il teste ta cohérence. Un trait documenté 4 fois sur 4 mois est infiniment plus solide qu'une anecdote héroïque isolée, parce qu'il résiste aux relances.
Concrètement, tu ouvres tout, tu lis d'affilée, et tu notes les mots qui reviennent. Si « seul » apparaît 7 fois, tu tiens quelque chose. Si tu as écrit 4 fois une variante de « j'ai attendu que l'on me le demande », tu tiens un trait, et probablement une tension à assumer plutôt qu'à masquer.
De ce tri sortent 3 à 5 fils. Pas plus. Chacun s'appuie sur 2 ou 3 situations datées, ce qui te donne toujours un autre exemple quand on t'en redemande un. C'est ce stock qui rend possible de connecter les points de son parcours au lieu de fabriquer une cohérence sous stress la veille.
Marketing personnel prépa : que formuler en mars et avril ?
En mars et avril, tu formules chaque fil en une phrase de positionnement adossée à une scène, puis tu vérifies que la scène tient sans l'adjectif.
Le test est simple et sévère. Prends ton fil, écris-le comme tu le dirais. Puis supprime toutes les qualités nommées. Si la scène qui reste ne fait plus rien comprendre, le fil est creux. Si elle raconte encore quelque chose, il est bon. C'est toute la logique de montrer ses soft skills sans les nommer : un jury ne croit pas un adjectif, il croit une scène.
Cette période est aussi celle des écrits, donc le budget doit rester minuscule. Une heure, une seule fois, à la fin de chaque mois. Tu n'écris pas un texte, tu poses des repères.
Attention au piège classique de cette phase : le lissage. À force de reformuler, on finit par produire un personnage lisse, rassurant, parfaitement inoffensif. C'est ce que l'on appelle le faux self à l'oral, et c'est éliminatoire dans les faits : un jury qui ne perçoit personne ne peut choisir personne. Garde tes aspérités, elles sont ton avantage.
Marketing personnel prépa : comment éprouver son positionnement en mai et juin ?
En mai et juin, le positionnement s'éprouve à l'oral face à quelqu'un, et jamais par la relecture : tant qu'un fil n'a pas été dit à voix haute et contredit, il n'est pas prêt.
Le passage de l'écrit au dit est brutal. Un fil qui paraissait limpide sur ta feuille devient bavard, abstrait ou faux dès la première formulation orale. C'est normal, et c'est le seul moyen de le savoir. Commence par les formats courts, notamment le pitch de 2 minutes, qui révèle immédiatement les fils mous.
Ensuite, fais-toi contredire. Demande à ton interlocuteur de creuser, de demander un autre exemple, de te renvoyer que ce n'est pas très original. Un positionnement qui ne survit pas à une objection ne survivra pas à un jury. L'organisation de cette phase est détaillée dans le planning d'entraînement à l'oral.
Si tu lis ceci en août, tu es exactement au bon moment pour poser le dispositif avant la rentrée, comme le décrit l'été avant la deuxième année.
Pour aller plus loin
- préparer les oraux
- connaissance de soi en prépa
- biais de perception de soi
- syndrome de l'imposteur en prépa
FAQ
Le marketing personnel, ce n'est pas se vendre au jury ?
Non, c'est l'inverse. Se vendre, c'est pousser des arguments vers quelqu'un pour le forcer à adhérer. Le marketing personnel consiste à rendre lisible ce que tu es et ce que tu penses, pour que le jury puisse te choisir en connaissance de cause. La différence se voit tout de suite : le premier récite des qualités, le second raconte des faits.
Combien de temps par semaine faut-il y consacrer réellement ?
De l'ordre de 20 minutes par semaine sur l'année, avec 2 pics d'une heure en février et en avril pour les phases de tri et de formulation. Rapporté au volume horaire d'une deuxième année, cela représente environ 1 % de ton temps de travail.
J'ai commencé en mars, est-ce trop tard ?
Non, mais tu dois compenser la collecte manquante. Reconstitue par écrit les 6 derniers mois en te forçant à dater chaque souvenir, quitte à t'aider de ton agenda et de tes copies. La matière sera moins fine que celle notée sur le moment, elle reste très supérieure aux 3 anecdotes de lycée.
Faut-il un positionnement différent pour chaque école ?
Non. Le positionnement reste le même, ce sont les preuves et les angles qui varient selon ce que chaque école teste. Un même fil peut nourrir un entretien de personnalité classique et une épreuve collective, à condition d'en tirer des scènes différentes.
Comment savoir si mon positionnement est bon ?
Le test le plus fiable est celui de la restitution : demande à quelqu'un qui t'a écouté 10 minutes de te résumer en 2 phrases. Si ce que l'on te rend est vague ou interchangeable, le travail n'est pas terminé. Si l'on te rend une idée précise et une scène, tu y es.
Un récit personnel ne se fabrique pas, il se documente puis il s'éprouve. Le rétroplanning te donne la matière ; ce qui reste à faire, c'est de te frotter à un interlocuteur qui pousse, relance et refuse les réponses toutes faites, jusqu'à ce que tes fils tiennent debout sous la pression.
Avec la méthode Connect the dots, tu comprends d'abord qui tu es, tu construis ton récit et tu t'entraînes au format réel de ton jury, école par école. De bout en bout, à ton rythme.
Marine Adatto · fondatrice de Connect the dots20 ans à rendre dirigeants et marques mémorables (TF1, La Légende). À propos →